Aïkido : Les Marchands du Temple
Publié depuis septembre 2007 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/
Catalogue 2008-2009 - Catalogue 2009-2010
Les Buvards réclame des Marchands du Temple
“Nous
pouvons nous servir des écrits de Lichtenberg
comme de la plus merveilleuse des baguettes magiques.
Lorsqu’il fait une plaisanterie,
c’est qu’il y a là un
problème caché”.
Gœthe
Songe mensonge, dit-on. Très tôt, nous sommes exposés au mensonge publicitaire. Quand j’étais petit les buvards publicitaires me donnaient à rêver. À l’école primaire, on nous les donnait en toute innocence au moment des dictées —que l’on écrivait encore à la plume et à l’encre. Je m’y abîmais dans de profondes réflexions, les yeux vides et ils m’offraient ainsi à oublier le monde extérieur, la leçon ennuyeuse ou l’accord tortueu. Ils m’entraînaient dans un maelström d’oubli de moi digne d’une méditation en zazen… Ces rêveries n’étaient pas sans danger car la réalité, sous la forme d’une règle d’instituteur, pouvait claquer à n’importe quel moment. C’était pourtant un monde si lisse, si plein de facilité ! De vrais paradis artificiels où tout va toujours bien, et, dans le cas contraire, où tout ne peut qu’aller mieux ; où, de toutes façons, tous les tracas trouvent miraculeusement une solution pour peu que l’on en achète la clé : le produit vertueux comme la cire Çavaseul ou les bonbons Lutti, et dans lequel le malheur n’arrive qu’à ceux qui n’en sont pas le spectateur privilégié que j’étais. Qui peut prétendre n’avoir jamais été sensible à la tension dramatique de cette fresque sociale du goûter brossée par le chocolat Delespaul-Havez dont les lettres laissent interminablement couler des flots de chocolat dans les bols des enfants qui, avec plus ou moins de bonheur, parviennent ou non à le recueillir ?
Les buvards du Marchand du temple ont cette même ambition : donner à rêver. Plus précisément, donner à rêver aux aïkidokas en proposant des produits improbables qui répondraient aux besoins de tous, débutants comme avancés. Ainsi rassemblés en collector, ils constituent un Catalogue d’objets introuvables de l’Aïkido dont la genèse doit beaucoup à l’ouvrage éponyme de Joseph Carelman (1), qui en eût lui-même l’idée en rêvant devant les dessins fascinants d’un vieux catalogue de la Manufacture d’Armes et Cycles de Saint-Etienne (Loire). Ce même Carelman à qui l’on doit cette représentation saisissante d’un couteau sans lame auquel manque le manche, digne de figurer au panthéon des armes d’aïkido et dont il a lui-même emprunté l’idée à Georg-Christoph Lichtenberg (2) :
Fasse que les buvards du Marchand du Temple, à leur façon divagatoire en forme de réclame, atteignent à hauteur de cheville sinon les satires de Lichtenberg ou les « objets introuvables » de Carelman, au moins l’inespérée réponse à tous nos problèmes qu’apportât en son temps le catalogue de la Manufacture d’Armes et Cycles de Saint-Etienne.(Loire) !
Dominique Aliquot
(1) Catalogue d’objets introuvables, Joseph Carelman, Le livre de poche, © Éditions André Balland, 1969.
(2) Le couteau sans lame et autres textes satiriques, édité et traduit de l’allemand par Charles Le Blanc, Paris, Corti, 1999.